« Neo ne me manque pas »
PHILIPPE MANCHE
lundi 06 décembre 2010, 10:00
Entretien Le festival de Marrakech s’est ouvert ce vendredi. Entre compétition officielle, hommages et leçons de cinéma, les stars défilent. Keanu Reeves, y présentait « Henry’s crime » dont il est également producteur.

Keanu (prononcez Ki-a-nou) revient comme acteur et producteur © AFP
Il arrive dans les jardins du prestigieux hôtel La Mamounia plutôt d’allure tranquille et détendue. Costard noir, t-shirt de la même couleur, la barbe faussement négligée, Keanu Reeves dégage en lui cette espèce de force tranquille ou de zénitude lorsqu’il s’assied à la table pour rencontrer une poignée de journalistes internationaux. Si la star de Point break, Speed ou Matrix a fait le déplacement jusqu’au Maroc, c’est pour y présenter Henry’s crime, qui a ouvert le 10e Festival international du film de Marrakech. Film dans lequel l’ancien bassiste du groupe grunge Dogstar a James Caan comme partenaire. Dans cette comédie romantique pas des plus folichonnes, Keanu (prononcez Ki-a-nou) incarne Henry, un homme qui traverse la vie en s’excusant d’être là et dont la vie va basculer au contact de Max (James Caan), avec lequel il se lie en prison. Affable, Keanu Reeves s’est prêté avec beaucoup de bonne volonté au jeu des questions/réponses.
Une vie d’artiste
1964 Naît à Beyrouth (Liban) le 2 septembre
1979 Joue dans Roméo et Juliette au théâtre.
1991 Joue avec Patrick Swayze dans le nerveux Point Break, de Katryn Bigelow. La même année, partage l’affiche avec son meilleur ami River Phoenix dans My private Idaho de Gus Van Sant.
1994 Accède à la reconnaissance internationale avec le haletant Speed de Jan de Bont.
1999 Voit sa carrière bootsée par Matrix des Frères Wachowski.
2001 Décès dans un accident de voiture de sa compagne, Jennifer Syme.
2003 Travaille avec Jack Nicholson et Diane Keaton dans Tout peut arriver de Nancy Meyers.
2010 Prépare le western samouraï Les 47 Ronin.
Vous n’avez jamais interprété un rôle comme celui de Henry. C’est cette nouveauté qui vous a amené au projet ?
Comme c’est un nouveau rôle, c’est donc forcément différent. Je trouve qu’il y a une humeur générale agréable. Pour ce qui est de l’aspect production, j’ai passé beaucoup de temps à développer le projet et ce, pendant de nombreux mois. Nous nous sommes mis à la recherche du financement, avons choisi les comédiens… Je ne m’attendais pas à ce que tout cela prenne autant de temps mais je suppose que ce travail en amont était nécessaire. Il fallait aussi tout faire pour fluidifier l’histoire. Toute la partie au théâtre où mon personnage se retrouve à jouer Tchekhov. Au sous-sol, ma loge dans laquelle on fore le tunnel pour piller la banque… Un énorme travail… Ce que j’aime plus que tout dans ce personnage, c’est qu’il a tout pour péter les plombs et finalement, il s’en sort. Même s’il décide d’aller en prison pour échapper à sa vie. Ce qui, vous en conviendrez, est une décision extrême.
Quels sont les films qui ont eu le plus d’impact sur Keanu Reeves, l’homme ?
Quelques-uns même si le plus évident est peut-être Little Buddha. J’ai passé tellement de temps avec des moines à Katmandou ou au Bhoutan, cela m’a affecté.
Et qu’en est-il de Neo avec qui vous avez passé quasi trois ans ?
Cela m’a marqué de travailler en Australie pendant sept mois, et de remettre le couvert sur les deux autres volets pendant vingt-deux autres mois. Ça reste une des plus grandes expériences de ma carrière.
Neo vous a propulsé au statut d’icône. Est-ce qu’il vous manque ?
Est-ce qu’il me manque ? Non, pas vraiment même si je reste désolé pour sa vie. Il a donné, perdu alors que tout ce qu’il avait à faire, c’était de rester avec Trinity et d’aller bosser. J’ai adoré le film, je suis reconnaissant d’avoir fait partie de ce projet.
Quand vous vous lancez dans une telle aventure, vous nourrissez beaucoup d’espoir. Et quand vous voyez le résultat à l’écran, vous ne pouvez qu’être satisfait et honoré d’en avoir fait partie.
« Matrix » a créé un nouveau langage visuel. Influence qu’on perçoit encore aujourd’hui avec des films comme « Inception ». En aviez-vous conscience à l’époque ?
Ce que je savais, c’est que l’histoire était formidable. Je savais qu’on allait assister à quelque chose de nouveau et d’unique. Spécialement avec toutes ces caméras qui tournaient sans cesse autour de nous.
La majorité de vos rôles dégagent de vous l’image d’un mec sympa. Que vous avez brisé avec le tueur en série de « The Watcher » ou le mari pas cool d’« Intuitions ». Vous y avez pris du plaisir ?
J’ai adoré, c’est amusant. J’ai hâte d’en jouer un autre parce qu’il n’y a aucune ambivalence. Il ne se dit pas : « Je me demande si je devrais… ». Non. Il ne se pose pas de questions, il agit. Pour la plupart du temps, c’est très clair et donc libérateur.
Cette dixième édition du Festival rend également hommage au cinéma français. Quels sont les films issus de l’Hexagone qui ont compté pour vous ?
Gamin, je me souviens de Christophe Lambert dans Subway, qui m’avait bien bluffé. Ensuite, vers 17 ou 18 ans, ça peut vous paraître cliché, mais A bout de souffle a eu un énorme impact. L’interprétation est dynamique. C’est un film très fun même si je suis conscient que ce mot peut paraître inadéquat. A bout de souffle possède une incroyable vitalité.